DIY – Tuto pour avoir une personnalité à l’étranger

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Quand j’ai décidé de partir vivre à Londres, certaines personnes de mon entourage m’ont dit « Olala t’es courageuse ! Bravo ! » et moi j’étais là, genre : « Ouais, alors OK c’est peut-être bientôt plus en Europe, mais calmez-vous je pars à 2h15 d’Eurostar, c’est pas non plus une mission commando au fond de la forêt Amazonienne ! » Pour moi, l’épreuve la plus dure dans ce déménagement c’était de traverser la route en regardant du bon côté (et aussi de boire du vin dégueulasse) donc franchement, pas de quoi s’inquiéter. En plus j’ai fait anglais LV1 et je m’en sors pas trop mal : je peux parfaitement tenir une conversation donc EASY comme on dit ici.

Alors en fait, je ne m’en rendais pas bien compte avant de partir hein, mais PAS DU TOUT. C’est à dire que si j’avais su que ça demandait tant d’efforts d’être en immersion totale, je serais peut-être restée bien tranquillement dans mon petit 9ème arrondissement parisien.

Même avec un bon niveau d’anglais et une connaissance approximative de la culture du pays (ouais je connais les 4 noms des Beatles et j’adore les Spice Girls), tout devient source d’incompréhension : la langue, le vocabulaire, les abréviations, les expressions, le langage familier, les accents, le langage corporel, l’humour, les références culturelles, les traditions… C’est super fatiguant car toute interaction sociale demande le double d’efforts – et je ne vous cache pas que je suis une grosse flemmarde. Pour vous, nombreux lecteurs de ce fabuleux blog ou futurs expatriés, j’ai donc réussi à identifier plusieurs phases d’acclimatation :

Phase 1 : La débilité

Attention, cette étape est primordiale et permet de découvrir deux choses :

  • La différence entre écouter et entendre
  • L’anéantissement de 47% de sa personnalité : fini l’humour et la répartie, il ne reste que des goûts et centres d’intérêts, ainsi que des références culturelles inutiles. (Je n’arrive même plus à être désagréable avec les gens pour leur faire passer des messages de manière totalement passive-agressive. Quelle tristesse.)

Cette phase de découverte de la vie, est globalement composée de longs moments de flottement et de malaise, avec pour seule réponse à toute forme d’interaction sociale de grands yeux vides et interrogatifs et un sourire gêné.

Phase 2 : La fierté nationale

Ma personnalité précédente ayant été réduite en miettes par la traduction et le manque de références culturelles, le seul moyen facile d’accès pour arrêter d’être invisible est de miser sur ce qui me définit le plus ici : être française. C’est une astuce de grosse flemmarde pour combler le vide et s’inventer un semblant de charisme, même si je doute qu’à Londres cette option soit très pertinente vu le nombre de français au mètre carré.

Mais attention, c’est une solution temporaire. Parce que oui, j’aime les marinières, le vin, et fumer des clopes en écoutant Gainsbourg, mais être un cliché ne suffit pas pour s’intégrer.

Phase 3 : Le mimétisme

Après avoir prêté serment sur la bible How to be Parisian wherever you are? en phase 2, je suis passé un peu par hasard à How to build a girl? de Caitlin Moran pour parfaire mon anglais. J’ai  alors réalisé que comme Johanna, le personnage principal, je devais moi aussi reconstruire mon identité. Enfin, pas totalement, « juste » ma personnalité.

Déjà avant ça, j’étais un peu larguée dans la vie, mais là, je suis larguée ET vide LOL. Heureusement, je ne pars d’une page blanche, et je n’ai pas de choix cruciaux à faire du genre : est-ce que j’aime le quinoa, le yoga et les promenades en forêt ou est-ce que je suis plutôt passionnée de danse de salon, de géopolitique et de trompette.

Se fabriquer une personnalité est assez complexe, puisqu’il s’agit de composer quelque chose d’à peu près cohérent en piochant des éléments de langage, de contexte, des attitudes et des références culturelles chez les personnes qu’on côtoie, et de les ajouter discrètement à l’existant.

Le problème, c’est que si je commence à imiter des gens qui en fait ne correspondent pas du tout à ce que je suis, je deviens un patchwork de personnalité aussi peu harmonieuse qu’une veste Desigual.

Imaginez un expatrié en France qui arriverait le matin en disant « Kikou » parce qu’il a entendu ça un jour et s’est dit que ça serait un bon moyen d’avoir l’air cool et de parler un français plus « naturel et fluide ». Non vraiment, ça craint.

Phase 4 : La résignation

En cas de coup de blues, n’oubliez surtout pas qu’à la fin au lieu de parler une langue correctement vous parlerez deux langues, mais mal.

 Photo : Lost in Translation <3

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