Newsletter n°1 : Ma dignité contre une banane

Dans les épisodes précédents
F1000022

Hello,

J’espère que tu vas bien depuis le temps. Moi ça va plutôt pas mal à part cette honte monumentale que je me suis tapée au Franprix hier soir.

Laisse tomber. Tu vois, depuis que j’assemble des aliments dans mon Tupperware le midi pour avoir un semblant de vie saine, je fais des courses plus souvent. Et pour optimiser mon budget, je paye avec mes tickets resto, ça me permet de dépenser ensuite tout mon argent dans des bières et des vêtements pailletés. Malin.

Arrivée à la caisse, j’avais tout calculé pour que mon panier pas très garni me coûte l’équivalent de deux tickets restaurant et des brouettes, que j’allais régler avec ma carte dorée flambant neuve (être pauvre et avoir l’air riche, c’est tout un art). Le compte est bon, il me reste 68 centimes à payer, bien joué Charlotte, high-five interne, je dégaine ma carte, et là, sur un air de Francis Cabrel repris par Shakira, la caissière me fait les gros yeux :
– Ha mais on n’accepte pas la carte en dessous d’1€ madame !
– Mince, attendez je vais ajouter des Frisk :)
– Ça sert à rien ! Je peux pas annuler ! J’ai déjà passé les tickets resto si j’annule il faut que je repasse tous les articles !!!

*Regards noirs de la part de toute la file d’attente qui n’a qu’une envie, rentrer bouffer*

– Vous avez pas un autre moyen de paiement ?
– Heu ben non, non, j’ai pas mon porte-monnaie, j’ai pris que ma carte, je savais pas que… heu, bon ben on fait quoi ?

Après avoir essayé de forcer le paiement et de déduire les 31 centimes cumulés sur ma carte de fidélité en 6 mois (c’est quand même sacrément de la merde ce programme d’ailleurs), un gentleman, même pas agacé par la situation s’est gentiment porté volontaire pour me dépanner les 37 centimes restant. Magie ! Miracle ! Déblocage de la situation ! Je peux partir en paix ranger mon lait de soja de connasse de bobo ! Merci monsieur !

Complètement honteuse, je me confonds en excuses et réfléchis à une solution pour dédommager ce pauvre jeune homme en fouillant dans mes poches. Rien, évidemment. Un café ? Pas après 17h. Un verre ? Trop connoté. Mais peut-être qu’il n’attend que ça ? Coup de foudre au Franprix ça pourrait faire un super scénario. Enfin quand même je me vois assez mal lui proposer d’aller boire un verre devant toute la file d’attente et la caissière, c’est ridicule. Surtout que j’ai même pas envie d’aller boire un verre avec lui en fait. Bon merde Charlotte, bouge toi, le temps passe, ça fait 18 fois que tu dis que tu es désolée et que c’est vraiment la honte, il faut agir là !

J’opère une visualisation mentale de mes achats déjà rangés dans mon sac, les seuls produits que je peux partager avec lui en guise de remerciement sont une banane ou l’une des brosses à dents de mon pack de 4 (sauf la violette) mais il risque de croire que je lui propose d’emménager avec moi … (Non)

« Je peux peut-être vous offrir une banane bio ? »

Le mec éclate de rire.

« Non, ça va merci… »

Je prends mes jambes à mon cou et remonte chez moi en m’insultant intérieurement le long du chemin. Encore abasourdie par cette médiocre tentative de socialisation, je colle ma tête à la fenêtre pour vérifier que personne ne m’a suivi. On sait jamais, un car de touristes venant observer un spécimen d’adulte inadapté à la société est vite arrivé…

Ha ben tiens, c’est marrant le mec à qui je dois 37 centimes habite de ce côté là de la rue aussi. Et puis il connait même mon code. Mais. NON PUTAIN. NON. PAS UN VOISIN !!!

Remplie de stupeur, de honte, d’angoisse et de tout un carnaval d’émotions de ce genre-là, j’ai pris la décision de ne plus jamais sortir de chez moi. Ou du moins plus jamais sans monnaie. Ou sans banane.

Sur ce, je vais me planquer dans mon lit en PLS et réfléchir à des moyens de survivre dans 20m2 sans contact avec l’extérieur. Stay tuned.

A bientôt !

Recevoir le prochain épisode