Une soirée au Starnight Glam Club Discothèque

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Starnight

Avec un nom à faire pâlir une chanson d’IAM, le Starnight Glam Club Discothèque est un endroit fabuleux où danser la nuit à Paris. Enfin, est devenu : avant ça, le Starnight était une boîte « ambiance tropicale électro R’n’B afro » (comme indiqué sur leur site, qui n’a lui, pas changé du tout). Pile-poil sur ma route quand je rentrais de soirées à Hipsterland (a.k.a la rue du Faubourg Saint Denis) je ne m’étais jamais imaginé passer une soirée là bas, malgré les invitations très cordiales des mecs qui traînaient devant toute la nuit (« Ha ben oui tiens, et si j’allais danser seule dans une cave avec 15 mecs que je connais pas, super idée ! »). Mais à en croire internet, l’intervention des grand manitous de la nuit parisienne début 2015 aurait amorcé la transformation. Une transformation invisible à l’oeil nu, mais qui donne un résultat assez surprenant.

Le Startnight, c’est un petit endroit comme on n’en trouve pas assez à Paris, comme une boîte de Province qui se serait perdue en plein 10ème, avec sa superbe cave voutée, son sol humide glissant et collant à la fois, sa boule à facettes, ses miroirs qui doublent la taille de la pièce, ses jeux de lumières qui peuvent provoquer à la fois une crise d’épilepsie et une migraine ophtalmique, son mobilier à peu près lounge venu tout droit de 2005 (et ouais les gars, c’était il y a 10 ans, BAM) sa fumée parfumée à la fraise synthétique qui peut te filer un cancer du poumon en 3 nuits seulement, ses bières de SDF, son DJ qui essaie de communiquer mais en fait tu sais pas trop s’il tente de souhaiter un bon anniversaire à Florian qui fête ses 23 ans ou s’il y a une grenade qui s’apprête à exploser et qu’il faut vite évacuer la salle (pire scénario), son entrée gratuite mais son vestiaire obligatoire, son non-réseau peu importe ton opérateur, ses recoins inexplorés… *Reprenez votre respiration* Bref, tous ces petits détails font que le Starnight a tout de la discothèque parfaite, un peu comme si c’était l’enfant illégitime du Carmen et du Globo.

Mais aussi improbable qu’un enchaînement Kaaris – Rihanna – Little Richard – Claude François, ce qui est fascinant au Starnight, c’est la population : des hipsters avec des bonnets alors qu’il fait 60°C, des pas-hipsters avec des bonnets quand même, des gens normaux, des chevelus qui ressemblent à Jésus, des chevelus qui ont trop écouté Tryo, des footballeurs de CFA2 de passage à la capitale, de jeunes acteurs français pas encore connus mais franchement bientôt parce que là je suis sur un gros coup, de beaux italiens, des mexicains, des américains, des meufs habillées comme dans les années 60, des mecs qui viennent tout juste de fêter leur 19ème anniversaire, des quarantenaires égarés par là qui ne sont pas très contents qu’on ne puisse plus fumer à l’intérieur, des mecs avec des baskets lumineuses, des mecs qui dansent seul tout devant le miroir, des mecs relous, des meufs relous, des vendeuses chez Promod dans un centre commercial du 77, des vendeurs chez APC, des blancs, des noirs, des jaunes, des bronzés, des pas bronzés, des gens qui dansent mal, des gens qui dansent tout court, des gens qui se galochent amoureusement, des types bourrés, des serveurs, des meufs trop cool pour être là, des meufs pas assez cool pour être là, des fans de karaoké, des fans de hip hop, des fans de rock perdus, des cagoles, des gens qui ont de l’argent, des gens qui pensent avoir de l’argent mais en fait non, des gens qui portent des casquettes, et des gens qui se feraient bien un petit kebab à 5h du matin, comme partout. Du côté beauf comme du côté hype de la force, on est tellement habitués à l’uniformisation des gens de tel ou tel club parisien, que putain, ça fait du bien ce grand n’importe quoi !

Ce qu’on retiendra quand même dans cette histoire, c’est que les mecs qui ont repris ça ne se sont même pas cassé le cul à changer quelque chose, ni le nom, ni la déco, ni le site, mais ont quand même réussi à transformer l’endroit en un truc complètement improbable. Et bizarrement, ça marche.

Initialement publié sur http://etsionneparlaitpasdefoot.com/